On se questionne sur ces produits du quotidien qui nous empoisonnent sans que nous nous en apercevions. Bisphénol, parabène, phtalate, etc., depuis plusieurs années, ils sont connus sous le nom de perturbateurs endocriniens (PE). Et méfions-nous, ils sont partout…
Santé Publique France a publié en 2019 la plus vaste étude jamais menée à ce sujet en France. Des milliers de Français y ont participé entre 2014 et 2016. Les conclusions de cette étude sont que les bisphénols, phtalates, solvants, parabènes sont présents dans l’organisme de tous les Français, et particulièrement dans celui des enfants.
Or ces substances sont loin d’être anodines, certaines sont même dangereuses pour notre santé. Le problème, c’est qu’elles sont omniprésentes dans notre environnement. Il est par conséquent particulièrement difficile, voire impossible, d’y échapper.
Commençons par un point sur les résultats de cette étude scientifique française
L’étude a été menée auprès de 2000 adultes, dont des femmes enceintes et 1000 enfants, dans toute la France, âgés de 6 à 74 ans ; un échantillon représentatif de la population française. Cette population a été soumise à des prélèvements sanguins et urinaires et un questionnaire sur ses pratiques de vie (notamment alimentaires). Il s’agit pour les scientifiques d’identifier les liens entre les données biologiques et les données de vie des participants.
Commençons par les bisphénols A, S, ou F. On les trouve dans de nombreux composants du quotidien, notamment les aliments pré-emballés, dans les plastiques, dans les conserves, des papiers thermiques (tickets de caisse) ou des vernis. Les bisphénols S et F sont des substituts du bisphénol A, interdit en France depuis 2012, qui composait notamment les biberons. Il a été remplacé par les bisphénols S et F aux effets aussi néfastes. Il est aujourd’hui banni des biberons mais les femmes enceintes sont toujours exposées aux bisphénols, qui traversent le placenta et contaminent le fœtus. Ces bisphénols, on les retrouve dans l’ensemble de la population étudiée et particulièrement chez les enfants.
Du saladier à la bouilloire et aux biberons, en passant par les boîtes de conserve, les canettes de soda et nos casseroles, nous utilisons chaque jour une multitude d’objets en plastique ou enduits de plastique. Les phtalates généralement utilisés pour assouplir le plastique sont présents dans de nombreux produits de consommation courante : emballages alimentaires, les jouets pour enfants et les revêtements de sol en vinyle, mais également dans les produits cosmétiques (parfums, déodorants, shampoings, vernis à ongle, etc.), les produits d’entretien ménagers, les peintures, les adhésifs, etc.
Il existe plusieurs types de phtalates et de ce fait, il est difficile de déterminer les usages spécifiques d’un phtalate particulier, d’autant plus que plusieurs phtalates peuvent être présents dans un même produit.
Il y a aussi les éthers de glycol, les parabènes, les retardateurs de flamme, les benzophenones… présents dans les cosmétiques, dans les crèmes solaires, dans les aliments, dans les produits de bricolage, produits d’entretien, tissus d’ameublement ou dans les matériaux électroniques. On les retrouve eux aussi dans les organismes des individus étudiés. Ces polluants sont partout, il est impossible d’y échapper…
Quelles sont les conséquences de ces polluants sur notre santé ?
Les PE agissent sur nos hormones et interfèrent sur les processus hormonaux qui régissent notre organisme. C’est un peu comme si les PE brouillaient les informations de notre corps, surtout au moment de l’organogenèse, lors du développement des organes. Le début de grossesse est une période délicate : les PE vont perturber le développement du cerveau du fœtus, mais aussi des autres organes, comme le foie. Plus précoce est l’exposition, plus grave est l’effet.
Les PE induisent des maladies neurodégénératives, des cancers et des maladies neurodéveloppementales. On a pu comparer l’exposition d’une mère à un produit chimique et l’effet sur la baisse de QI de l’enfant, explique Barbara Demeneix, endocrinologue et directrice de recherche au CNRS. Cette dernière insiste sur le fait que tout enfant qui naît aujourd’hui est exposé à un mélange de substances chimiques qui peuvent interférer avec le développement de son cerveau.
L’étude de Santé Publique rappelle que des expertises de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ont rapporté un effet suspecté des phtalates sur le système reproducteur masculin : une altération des paramètres spermatiques (concentration et morphologie des spermatozoïdes), et une survenue des anomalies de l’appareil génital chez le garçon à la naissance.
Comment limiter notre exposition à tous ces polluants du quotidien ?
- On peut limiter notre exposition en choisissant notre alimentation : Pour les fruits et légumes, on privilégie les produits locaux et de saison et, si on le peut, les produits issus de l’agriculture biologique. On limite nos achats d’aliments ultra-transformés. Et lorsqu’on achète des produits transformés, on choisit ceux dont la liste d’ingrédients est la plus courte.
On choisit dès que possible des aliments non emballés ou des contenants en verre. On ne prend des aliments avec emballages en plastique que si on n’a pas le choix.
On choisit aussi notre matériel de cuisson : on veille à utiliser des casseroles, poêles, plats sans PFOA, et des ustensiles en bois.
- On limite notre exposition à ces polluants en choisissant nos produits d’entretien : On limite le nombre de produits différents, un ou deux suffisent largement. On choisit des produits sans parfum et si possible avec un label environnemental. Les produits traditionnels comme le bicarbonate de soude, le vinaigre blanc, le savon noir, le savon de Marseille sont moins agressifs pour l’environnement et la santé et ils sont aussi très efficaces pour le ménage. Par exemple, le vinaigre blanc détartre, nettoie, et fait briller.
- On choisit aussi nos produits de beauté : On choisit des soins sans huiles minérales, et bien évidemment sans parabène. Et si on ne parvient pas toujours à déchiffrer l’étiquette de notre soin, on privilégie les noms en latin qui désignent des plantes, plutôt que les noms en anglais qui indiquent des substances naturelles transformées chimiquement. Le plus sûr est encore d’opter pour des soins labellisés bio.
- Enfin, plusieurs gestes simples permettent d’améliorer la qualité de notre air intérieur : Il faut aérer notre maison, été comme hiver, au minimum 10 minutes par jour. On pense également à aérer pendant et après certaines activités telles que la cuisine, le ménage, la douche, le bain ou le bricolage. Renouveler l’air évacue les polluants et l’humidité.
De telles études scientifiques sont certes menées pour connaître les facteurs et comportements à risque face à ces polluants mais surtout, elles sont là pour provoquer une action politique.
Même si la lecture des résultats de cette étude publique nous assure une contamination inéluctable de nos organismes par ces polluants du quotidien, nous avons encore le choix de notre consommation ; car une fois informé chacun peut agir.

