Faire ses ablutions, faire sa toilette, prendre un bon bain chaud chez soi… ces gestes n’ont pas toujours la même signification ni la même importance au cours des siècles. Suivant les idées que les hommes se font de l’eau et de leur corps, suivant les connaissances acquises, suivant l’abondance et la rareté de l’eau, les pratiques de soins à travers l’eau varient dans le temps. Bains chauds, bains tièdes et bains de vapeur sont à la mode durant l’Antiquité et le Moyen Âge, des périodes au cours desquelles l’eau est un élément sacré, un remède et, surtout, un immense plaisir. Le bain se démode au cours de la Renaissance, où l’on préfère la toilette sèche, de peur des maladies transmises par l’eau. C’est au XVIIIème siècle, avec la coquette Marie-Antoinette qu’on retourne au bain ! Au XIXème siècle, notre pièce fétiche dans la maison, la salle de bain se popularise. Et aujourd’hui, toujours chic le bain ?
L’Âge d’Or des Bains : Antiquité et Moyen Âge
Pendant l’Antiquité, Tous Aux Bains !
Petit rappel mythologique : c’est Hygie, la déesse grecque de la propreté et de la santé, représentée sous les traits d’une nymphe au teint frais et vermeil et à la taille légère, qui donne son nom à l’hygiène. Durant l’Antiquité, l’hygiène quotidienne est symbole de bonne santé.
Quand on est Romain, on fréquente les bains publics, appelés les Thermes. Outre leur fonction hygiénique, les Thermes, ouverts à tous, hommes et femmes, riches ou pauvres, jouent un rôle social important. De nombreuses activités s’y déroulaient : se laver bien évidemment, pratiquer un sport, voir des spectacles, fréquenter la bibliothèque…Lire un bon livre dans son bain est déjà un plaisir sous l’Empire Romain.
Les Romains construisent plusieurs centaines de vastes Thermes dans lesquels on peut y contempler mosaïques, statues, fontaines et peintures. Ce sont de belles et gigantesques salles de bains dans lesquelles on profite de bains, de massages, on s’épile et on se coiffe ; tous les soins du corps y sont pratiqués.
Plusieurs salles sont à disposition du Romain, qui navigue de la salle tiède aux salles chaudes, sèches ou humides, afin de transpirer. Un petit arrêt au bain chaud pour se prélasser, après quoi un gommage de la peau est pratiqué. Un dernier passage par les bains tièdes et froids avant de se faire masser, épiler et parfumer. Les thermes sont un lieu de bien-être, de beauté et de santé. L’hygiène rime avec plaisir.
Au Moyen Âge, Un Bain Pour Le Plaisir…
Au Moyen Âge, on prend des bains fréquemment, non seulement pour être propre, mais aussi par plaisir, pour se relaxer.
Des baignoires de bois cerclé sont installées, bien souvent dans la pièce principale, pour détendre les seigneurs qui rentrent fourbus de leurs expéditions. De l’eau très chaude est versée par les servantes avec des plantes relaxantes, parfumée avec du romarin ou de la sauge.
Dans les villes, chaque quartier possédait ses bains, appelés étuves, avec pignon sur rue. Il était plus facile, pour la plupart des gens, d’aller aux étuves que de se préparer un bain chaud chez soi. Au petit matin, les crieurs passaient dans les rues pour avertir la population que les bains étaient prêts.
À cette période, les médecins préconisaient la pratique du bain pour aider à se conserver en bonne santé. Si avec l’eau froide, il faut être prudent et ne pas y séjourner trop longtemps, juste le temps nécessaire pour renforcer et stimuler la chaleur interne, pour nettoyer correctement le corps, seul le bain chaud peut assainir en profondeur la peau.
La mode des bains se poursuit lors des Croisades qui permettent la découverte de l’Orient et ses pratiques d’hygiène héritées de l’Antiquité romaine, et notamment ses hammams. Ayant pris goût à la relaxation par le bain chaud, on rapporte en Occident cette pratique de bien-être. C’est à la fin du Moyen Âge et ses multiples épidémies qui déciment les populations que les médecins commencent à penser que le bain lui-même est malfaisant pour le corps, que les miasmes de la nature pénètrent d’autant plus facilement à l’intérieur du corps, que les pores sont dilatés sous l’effet de la chaleur, laissant libre passage aux maladies. Plus question de chanter les louanges du bain : il faut se méfier de l’eau et n’en user que très modérément.
C’est à ce moment de l’histoire que l’on cesse de prendre des bains…
À La Renaissance, L’ère De La Crasse Commence…
Cette peur de la maladie crée un nouveau rapport à l’eau : les hommes de la Renaissance sont persuadés que l’eau chaude, en dilatant les pores, pénètre dans le corps, fragilisant ainsi les organes. L’eau est accusée de transmettre la maladie en s’infiltrant via les pores de la peau. Le bain chaud, supposant affaiblir l’organisme, n’a qu’un usage médical. Les ablutions concernent essentiellement les mains et la bouche.
Du XlVème siècle au XVIIIème siècle, c’est le règne de la toilette sèche. C’est-à-dire des frictions du visage et des mains, à l’aide d’une serviette à laver imprégnée de vinaigre. De la même façon, on se frotte le corps avec un linge fin. On estimait qu’on pouvait se passer de bain si l’on changeait souvent de linge de corps. Le mot toilette désignait un morceau de toile qui servait à recouvrir les objets nécessaires au soin du visage et de la coiffure. Avec le temps, ce tissu, de plus en plus précieux, est posé sur un coffre puis sur une table qui prendra le nom de coiffeuse ou de poudreuse ou table de toilette … Toilette finira par désigner l’action de se laver, de se faire belle, puis, plus tard nommera les vêtements eux-mêmes.
Être propre, c’était porter du linge soigneusement blanchi. On utilise de la poudre et non de l’eau. On préconise plutôt l’usage de parfums forts comme le musc. La mode des parfums et des poudres se répand. On se lave donc peu et on se parfume à outrance. On pense alors que le capiteux, le lourd et le musqué cachent les odeurs corporelles et aseptisent l’atmosphère. On lave son linge mais pas son corps. L’idée que le corps devient propre lorsque le linge est changé s’affirme au XVIIème siècle aussi bien en ville qu’à la campagne. Tout ce qui doit être vu est blanc, synonyme de luxe. On change donc de linge régulièrement. La vue se substitue à l’odorat, on doit voir quelque chose de propre. Pour obtenir la blancheur, on poudre les cheveux avec du blanc, de la farine ou du blanc de céruse fabriqué à base de plomb ou de mercure, avec tous les ravages qu’on peut imaginer. Le blanc est une marque de luxe, la propreté est ce qui se voit.
Marie-Antoinette Et La Revival Du Bain
Et Marie-Antoinette, Elle Se Lave Comment ?
La reine Marie-Antoinette prend un bain quotidien avant de paraître aux yeux et aux narines de ses sujets. Dans un bain parfumé, la reine plonge habillée d’une chemise de flanelle boutonnée jusqu’au cou dissimulant son corps. On envie tout·e·s la salle de bain de Marie-Antoinette…Un lieu raffiné et intime. Le sol y est pavé de carreaux de marbre blanc et noir, avec au mur des décors aquatiques peints en blanc se détachant sur un fond gris-bleu. À cette époque, peu à peu, la salle de bain quitte la pièce principale pour une pièce privée. Apparaît alors le concept de l’intimité.
À la fin du XVIIIème siècle, les femmes rejettent les artifices comme les coiffures compliquées et les parfums trop forts. On recherche l’authentique et on préfère les matières végétales. Les fleurs triomphent dans des parfums légers et délicats, comme l’eau de rose et l’eau de lavande qui sentent frais.
Et A La Fin Du XIXème Siècle Naît La Salle De Bain…
La théorie de l’origine microbienne des maladies contagieuses par Louis Pasteur joue un rôle fondamental dans les avancées en matière d’hygiène. Pasteur met en lumière la nécessité de traiter l’eau pour la rendre potable à la population. II ne faut plus seulement éliminer la crasse mais aussi combattre les microbes. La toilette devient alors préventive. Ces préoccupations sanitaires favorisent les progrès sur l’hygiène corporelle : rendre l’eau propre à la consommation, l’acheminer par des conduites dans les habitations, évacuer ensuite les eaux usées…
Les salles de bain sont encore rares et réservées au confort de la grande bourgeoisie. César Ritz est le premier hôtelier à prévoir une salle de bain par chambre dans son tout nouvel établissement, le Ritz, place Vendôme à Paris, ouvert en 1898. La salle de bain est pour nombreux le comble du luxe à l’époque. Pour la plupart des gens, les ablutions quotidiennes s’accomplissent dans la cuisine ou la chambre, sur une coiffeuse avec une cuvette en faïence.
Au XIXème siècle, il n’y a que peu de baignoires à domicile, mais des établissements de bains, ce sont les fameux « bains-douches ». Pour l’anecdote, les Bains Douches, haut lieu des nuits parisiennes durant les années 1980, est à l’origine un immeuble qui abritait des Thermes, créés en 1885. On peut lire sur la plaque à l’entrée « Bains Guerbois, piscine, bains turcs et russes, douches vapeur sulfureuses » …
La salle de bain individualisée ne deviendra une évidence dans les habitations qu’après la seconde guerre mondiale.
Aujourd’hui, C’est Toujours A La Mode De Prendre Un Bain ?
Selon un sondage réalisé en 2012 par une société d’études, spécialiste du comportement en sciences humaines, 1 français sur 5 zapperait la douche quotidienne pour se laver tous les deux jours. À l’opposé, 11,5 % prendraient plusieurs douches par jour. Seuls 3,5 % ne prendraient qu’une douche par semaine. 99 % des Français possèdent une douche, dont 57% l’utilisent tous les jours. La douche des Français dure en moyenne moins de 10 minutes.
Et le bain alors ? Presqu’un quart des Français n’ont pas de baignoire et pour ceux qui en possèdent une, 32 % ne prennent jamais de bain ! Dans le bain, on prend son temps, les Français restent en moyenne 25 minutes dans leur bain, dont certains (14 %) restent plus de 45 minutes à tremper dans leur baignoire.
Tradition du parfum et cosmétiques obligent, le passage par la salle de bain reste un rituel bien-être incontournable. Les Françaises ne dérogent pas à la règle et consacrent aujourd’hui en moyenne 46 minutes à se toiletter, se pomponner, soit un quart d’heure de plus que les Français, plus expéditifs dans leurs soins hygiéniques.

