Ces jours-ci Paris fait sa Fashion Week… L’occasion de nous interroger : l’industrie de la mode est-elle écolo ? À poser cette question, on suppose déjà la réponse, mais à quel point l’industrie textile et notre consommation frénétique de vêtements sont-elles une aberration écologique face à l’urgence environnementale ? D’après l’Ademe (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), la mode émet chaque année 1,2 milliard de tonnes de gaz à effet de serre, soit davantage que les vols internationaux et le trafic maritime réunis. Toujours plus de vêtements et de moins en moins chers. Depuis les années 2000, le succès du prêt-à-porter a révolutionné notre façon d’acheter nos vêtements. Certaines enseignes passent des traditionnelles collections printemps-été et automne-hiver à une dizaine de collections par an. Entre 2000 et 2014, la production mondiale de vêtements a doublé, selon l’Agence européenne pour l’environnement (EEA), la quantité de vêtements achetés dans l’Union européenne a augmenté de 40 % entre 1996 et 2012. Et en Europe, on se débarrasse chaque année de 4 millions de tonnes de textiles, dont 80 % sont jetées dans la poubelle pour ordures ménagères avant que celles-ci soient enfouies ou incinérées.
Les Français achètent en moyenne 9 kg de vêtements par personne et par an
Les Français achètent en moyenne 9 kg de vêtements par personne et par an, selon une étude du Parlement Européen. Et près d’un tiers de la garde-robe des Européens n’est pas sortie du placard depuis au moins un an ; on pense notamment à ce petit pull acheté en soldes l’hiver dernier ou cette veste jamais portée, encore étiquetée, pendue dans notre dressing qui attend de voir le jour… Chaque seconde, l’équivalent d’un camion-poubelle en textiles est enfoui ou brûlé selon un rapport des Nations Unies. Difficile de mesurer l’envergure du désastre environnemental depuis notre dressing… Pour cela, il faut comprendre ce qu’il se passe à chaque étape du cycle de vie de notre jean acheté dans une grande enseigne.
7500 LITRES D’eau pour fabriquer notre jean
L’industrie de la mode est une grosse consommatrice de matières premières : on utilise du pétrole pour produire des fibres synthétiques et beaucoup d’eau et de pesticides pour faire pousser les matières végétales ; notamment le coton, qui représente un quart de la production mondiale de textiles. Un rapport des Nations Unies estime qu’il faut 7500 litres d’eau pour fabriquer un jean, soit l’équivalent de l’eau bue par un homme pendant sept ans. L’eau est nécessaire à toutes les étapes de fabrication de notre jean : elle est indispensable pour cultiver le coton, pour appliquer la teinture et les produits chimiques qui l’accompagnent. Et, elle le sera encore pour son lavage. Une autre matière première adorée par la mode est le pétrole, qui sert à fabriquer le pull ou le tee-shirt en polyester assorti à notre jean. Cette fibre synthétique est devenue, depuis les années 2000, la matière la plus utilisée dans le prêt-à-porter, car peu chère et plus résistante que le coton. Mais cette ressource fossile n’est pas renouvelable.
Après sa fabrication, notre jean voyage, beaucoup…
L’industrie de la mode produit d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Liées à la production des matières premières, avec l’élevage de vaches pour produire du cuir et de moutons pour produire de la laine, s’y ajoute le transport des textiles et des produits finis. Il se fait majoritairement en avion, moyen de transport le plus rapide, mais gros producteur de CO2, et sur des longues distances, puisque la grande majorité des vêtements que nous achetons sont importés d’Asie du Sud-Est.
Le plus gros impact environnemental de la mode n’est pas lié aux matières premières ou au transport, mais au lavage des vêtements
À cause de la pollution des eaux et des sols que cela provoque. Les fibres textiles de notre pull ou tee-shirt contiennent des produits chimiques venus de la lessive ou de parfums, et des microplastiques, contenus dans le polyester ou l’acrylique. Ces particules sont rejetées dans les océans lors des lavages et mettent des décennies à se dégrader. L’industrie de la mode produit 20 % des eaux usées mondiales, toujours selon le même rapport des Nations Unies.
L’éveil écologique de la mode
Notre jean devient un peu plus écolo… La mode cherche doucement un nouveau modèle économique, davantage en adéquation avec la protection de l’environnement. Et ce, par crainte du scandale de l’opinion publique mais aussi sous l’effet de la prise de conscience de ses clients car, une fois informés, chacun peut agir et participer à changer ce modèle. À Paris naît l’association Paris Good Fashion. Ce projet rassemble des grands acteurs du secteur comme l’Institut Français de la Mode, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode ou encore la fondation Ellen MacArthur (qui œuvre pour une économie circulaire, se passant des déchets et du gaspillage), afin de penser la mode autrement. Autre initiative de grande envergure est celle initiée au G7 à Biarritz en 2019. Trente-deux entreprises de la mode et du luxe, représentant quelques 150 marques, s’unissent autour du Fashion Pact. Un pacte qui entend limiter l’impact de l’industrie de la mode sur le climat, la biodiversité et les océans via des objectifs fixés à horizon 2030 et 2050. En espérant que le temps ne presse pas… Et que ce Fashion Pact ne fasse pas de la responsabilité écologique seulement un lieu d’identité pour les grandes marques.






